Michael « Cetewayo » Tabor

Michael « Cetewayo » Tabor est né à New York, dans le quartier de Harlem, le 13 décembre 1946. Il a été dépendant à l’héroïne avant de s’engager pleinement dans la lutte politique, au côté du Black Panther Party (BPP), qu’il rejoint quelques semaines après l’ouverture de son bureau new-yorkais à l’automne 1968. Il choisit alors Cetewayo, le nom d’un roi zoulou et guerrier du XIXe siècle, comme nom de guerre. D’abord militant dans la branche d’Har- lem comme professeur d’éducation politique, puis comme membre du service de sécurité de cette même branche sous la direction de Lumumba Shakur, il intègre ensuite le Panther 21, un groupe de 21 cadres dirigeants de la section new-yorkaise du BPP, après que ses qualités ont été rapportées à Huey New- ton et David Hilliard de la direction nationale, par Dhoruba Bin-Wahad et le secrétariat de New York.

Le 2 avril 1969, les policiers de la ville de New York arrêtent lors d’un raid douze membres du groupe des 21, et interpellent par la suite les neuf restant. Treize d’entre eux seront ensuite inculpés et jugés pour association de malfaiteurs en vue de commettre des attentats contre un certain nombre de bâtiments dont quatre commissariats, cinq grands magasins, des bâtiments scolaires, les Jardins Botaniques du Bronx, et la Statue de la Liberté. La planification d’assassinats visant des policiers leur sera aussi attribuée. La procédure judiciaire durera deux ans environ, avant que tous les accusés ne soient finalement acquittés. Des cen- taines de manifestations populaires protestèrent contre cette répression, intensi- fiée dans le cadre du programme Cointelpro du FBI (Le Cointelpro, Counter Intelligence Program, ou programme de contre-espionnage, ordonne aux agents du FBI d’exposer, perturber, discréditer, ou sinon de neutraliser les activités des mouvements dissidents et leurs chefs. Les groupes ou personnes visés sont notamment les Weathermen, le Black Panther Party, Le Parti Communiste des États-Unis d’Amérique, l’American Indian Movement de Leonard Peltier, ou encore Martin Luther King). Parmi les nombreux éléments qui démontrent le caractère aberrant (et raciste) de cette procédure il est intéressant de noter que la majeure partie de l’affaire fut alors fondée sur le témoignage d’un informateur qui avait été diagnostiqué par plusieurs psychiatres comme étant un menteur pathologique et un schizophrène paranoïaque… Tous furent donc mis hors de cause le 13 mai 1971 (treize furent jugés finalement à partir du 8 septembre 1970, tandis que les charges contre les autres avaient été déjà abandonnées).

C’est durant sa détention préventive que Michael « Cetewayo » Tabor écrit Capitalism + Dope = Genocide, brochure qui inspira et fut le fondement du Lincoln Detox, programme antidrogue du peuple, organisé par les Young Lords et leurs partisans, qui prirent à cet effet la direction de l’Hôpital Lincoln le 10 novembre 1970. Tabor est libéré sous caution avec Bin-Wahad et Jamal Joseph, et passe, durant cette longue période du procès, l’essentiel de son temps à recueillir des fonds pour ses camarades emprisonnés. Mais une fracture au sein du BPP, créée et alimentée par le Cointelpro, les pousse tous les trois à fuir après avoir appris qu’ils étaient menacés d’assassinat.

Contraint à l’exil, Michael « Cetewayo » Tabor fuit les États-Unis en février 1971 aux côtés de son épouse Connie Matthews, et rejoint Alger, où se trouve la section internationale du BPP dirigée par Eldrige Cleaver. Quelques temps après, il fait notamment partie d’une délégation sous la direction d’Eldrige Cleaver, qui se rend en République Populaire du Congo (Congo-Brazzaville) pour une conférence internationale, et la célébration des victoires du Mouvement Populaire de Libération de l’Angola (MPLA).

Après la chute du BPP, et la dissolution de sa section internationale, Cetewayo et son épouse partent pour la Zambie, qu’ils rejoignent en 1972. Divorcé, il se remarie avec une femme zambienne, et bien qu’il fut reconnu innocent en définitive des charges de conspiration qui pesaient contre lui, il ne quittera plus l’Afrique. Il continuera d’écrire sur la politique et la culture pour diverses publications, et animera des émissions de radio. Il meurt d’une grave maladie du foie le 17 octobre 2010 à Lusaka, en Zambie.

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